Avoir autant de respect pour les siens que pour son chien!
Lu dans le Journal Métro ce matin…
(Je n’ai pas écrit cet article, cet opinion ne reflète ni la mienne, ni celle du journal Métro. Il s’agit d’un courrier d’opinion partagé par le journal, écrit par un lecteur)
Comment avez-vous trouvé la semaine de l’euthanasie? On nous avait annoncé la semaine de prévention du suicide. Or, j’ai davantage eu l’impression d’assister, à l’inverse, à une semaine de l’éloge du courage de se suicider ou d’euthanasier des suicidaires vieux ou malades.
Le Devoir a entamé la semaine en nous présentant un héros défenseur de l’euthanasie. Ghislain Leblond, atteint d’une maladie dégénérative, est ce genre de héros d’une mauvaise cause qui finira par la rendre sympathique.
La Presse a ensuite ouvert sa page éditoriale à un long texte d’une jeune dame qui voulait euthanasier sa grand-mère plutôt que de la laisser dans un centre d’hébergement où elle serait mal soignée. («Quelle dignité?» 5 février)
Tout le monde en parle termine la semaine en invitant ce même Ghislain Leblond. Guy A. Lepage a tellement été sympathique à sa cause qu’il lui a souhaité ce qui risque d’être un nouveau souhait du jour de l’An, «l’euthanasie à la fin de vos jours.»
Bien sûr, la commission «Mourir dans la dignité» battait son plein, alors que cela est un débat qui n’appartient même pas au Québec. L’euthanasie est un meurtre selon le Code criminel. Le débat est donc national. Aucune province ne peut prendre d’initiative à ce sujet.
Quel est donc le message qu’on va lancer aux vieux, aux malades et aux déprimés? «Vous vous sentez un poids pour la société? Effectivement, vous l’êtes! Signez vos papiers et on vous aidera à débarrasser la société!»?
En réponse à la lettre d’opinion envoyée par Jeannot Vachon, hier, le 8 février 2011
Je rentrais à l’hôpital encore un peu à reculons ce matin la, il y a deux ans de cela. Ce que je ne savais pas, c’est que cette conversation quasi sens-unique serait la dernière que nous allions avoir. En rentrant dans la chambre j’entendis “Les Boys” jouer à la télévision, je m’approchai du lit avec le sourire : “Enfin un film pas pire hein?”. Pour seule réponse, on pouvait percevoir un léger haussement d’épaules venant du corps frêle étendu dans le lit turquoise. Après avoir vécu les deux dernières années de son existence complètement dépendant des autres dans son appartement, il était maintenant cloué à un lit d’hôpital sans aucun contrôle sur quoi que ce soit : plus même sa voix.
Après quelques blagues de ma part pour alléger l’atmosphère, celui-ci soupira. Je lui offris à manger? Non. À boire? Non plus. Changer sa position, l’assoir, changer de poste, danser, chanter… Peu importe. Presque plus rien ne lui rendait les étoiles qu’il avait dans ses yeux à une époque où même si ses jambes ne fonctionnaient plus, sa vie continuait à battre à bon train. Les seuls derniers mots que on père a dit, durant les deux dernières semaines de sa vie, les mots que l’on a pu lui arracher en lui tenant la conversation, furent une “inside joke” de plusieurs années : “Mario” ainsi qu’un “Chtanné” répété sans cesse…
Mon père a arrêté de manger. Il s’est laissé mourir à petit feu dans son lit d’hôpital. Tout cela avant qu’il ne soit victime d’une pneumonie et qu’il n’agonise pendant près d’une semaine dans ce corps amorphe qu’était le sien. Mon père souffrait de Sclérose en Plaque.
Ironiquement, Monsieur Vachon, alors que vous lancez des pierres sur une opération que vous qualifiez de meurtre lorsque appliqué sur un être humain, lorsque l’on voit son chat à l’agonie, perdant chacune de ses facultés au profit d’un cancer toujours grandissant, on prend la sage décision de ne pas le laisser souffrir égoïstement pour contenter son besoin de présence et lui offrir un fin calme et paisible dans nos bras. De refuser cela à un être humain me parait à la fois ridicule et égoïste: c’est le forcer à demeurer en vie bien malgré lui, malgré ses souffrances physiques et psychologiques.
Il ne s’agit pas, Monsieur Vachon, de nous citer les lois qui régissent ce pays, ni les partis qu’un tel débat implique. Il faut ici plutôt revoir notre morale et nos valeurs. De forcer une personne à une mort souffrante sur plusieurs mois, lui offrir le spectacle de son corps qui se détériore, est-ce plus immoral que lui offrir la chance de décider que cela ne lui arrivera pas? Certes, je conçois qu’il reste beaucoup de points à considérer. Par exemple, il serait inacceptable qu’une personne ressente la pression d’en finir au plus vite de la part de son entourage. Il reste donc énormément de petites lignes et de conditions à rédiger dans ce dossier mais ce même dossier n’est pas la pour encourager les gens à mourir jeune mais bien épargner des souffrances inhumaines à ceux qui n’ont d’autres choix que de passer par la.
Mon point de vue est biaisé mais de cracher sur la cause de monsieur Leblond à résonné à mes oreilles comme si l’on m’avait écrit personellement dans un éditorial de mon journal favoris : “Ton père a souffert d’une mort lente et pénible, sans aucune chance de voir son état s’améliorer, et c’était bien correct comme ça!”
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